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Et les fruits mûrissent à nouveau

Written by on July 17, 2017

Les pommiers et poiriers le temps d’une ou deux semaines se transforment en nuages fleuris, paysage céleste lorsque l’on observe la campagne d’un peu plus haut. C’est le signe que le printemps est là, on est repartis pour un tour. L’hiver a été plutôt clément, quelques neiges et l’huile d’olive figée dans le salon en janvier, je m’attendais à bien pire (et surtout je rêvais secrètement d’être bloquée dans ma tanière, bravant la tempête de neige avec mon chat..). J’ai décidé de rester seule sur la ferme. J’ai fait ma téméraire, aucune pièce n’étant vraiment isolée. Une expérience intéressante après une année très intense et pleine de rencontres. Silence et simplicité. Organisation surtout. L’eau par exemple, comme nous n’avons pas eu le temps d’enterrer les tuyaux, pas de surprise, elle gèle à peu près tout l’hiver. Il arrivait ponctuellement que le soleil fasse fondre tout ça, alors l’eau coulait à flots dans la cour et je me précipitais (tout en prenant soin de ne pas m’étaler de tout mon long sur le verglas) pour remplir des bidons, afin de remplir une cuve de 300 litres installée dans le dortoir pour l’occasion. Quand l’eau de la cuve gelait, pas d’autre choix que d’aller à la rivière avec la claie de portage. Notre salon s’est transformé pour quelques mois en chambre cuisine salle de bain, c’est la pièce la plus isolée (isolée étant un bien grand mot). Les douches à l’ancienne, à la casserole devant le poêle. Le froid qui picote le visage le matin et le bonheur savouré d’être emmitouflée sous 2 couettes et 3 couverture. La montée du chemin aux crampons pour cause de verglas intempestif et risque prononcé de glissade incontrôlée dans la rivière (oui j’ai beaucoup ris de moi-même cet hiver, et particulièrement lors de mes brèves escalades aux crampons, 5 minutes pour me la jouer alpiniste de haut niveau). Les visites chez les uns et chez les autres, la lecture, l’écriture et le chant, noël chez les voisins au coin du feu. Prendre le temps.
J’ai décidé au début de l’hiver de faire marcher mes gambettes jusqu’à Tende pour donner un peu de répit à notre bon vieux J5 et éviter de me retrouver coincée par la neige. Une heure aller une heure retour. Ce qui est génial et ce dont je me suis rendue compte cet hiver, c’est que l’on s’habitue à tout. Et je préfère mille fois marcher une heure en montagne pour rentrer chez moi que de traverser la banlieue parisienne en rer, ce que j’ai fait une bonne partie de ma vie. J’ai été invitée à manger et à dormir nombre de fois ici ou là quand il faisait trop nuit pour rentrer chez moi, et remerciais la vie à chaque fois de m’offrir tant de chaleur et de générosité. Les amis d’ailleurs sont venus me tenir compagnie et bien que parfois on ait été un peu serrés dans cette pièce à tout faire, cela m’a fait chaud au coeur de les voir se geler les miches et faire la vaisselle à l’eau glacée pour passer du temps avec moi.

 

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Mes compatriotes moustachus sont revenus au goutte à goutte à partir du mois de mars, et j’était bien contente de les retrouver.

En mars donc, l’activité du maraîchage se remet en place, avec pour commencer une grosse session d’épluchage d’ail, 60 kg dont mes doigts se souviennent encore. On plante tous nos petits cayeux dans la joie et les rires, s’en suivent les oignons et les échalotes, puis les patates et plus tard en mai, les courges et potimarrons. Cette année, nous prenons le parti de ne faire pousser presque que des légumes racines, dont l’avantage est qu’ils nécessitent assez peu d’entretien et qu’ils se conservent très bien. Nous les vendrons à Nice, par le biais de 21 paysan, un petite entreprise solidaire crée par Eliott pour, entre autres, nous offrir un débouché stable.

 

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Petit à petit les beaux jours reviennent, le printemps est ensoleillé contrairement à l’année dernière où il a beaucoup plu. Le premier mai, on se réveille quand même sous la neige, on reste à la montagne. Le printemps se vit pour moi d’une manière très différente de l’année dernière. J’observe, je suis attentive au rythme des plantes et à leur évolution. Je me sens enfin posée dans ce lieu qui l’année dernière m’inspirait plus de crainte, de part la montagne de travail restant à accomplir. J’ai bien compris que de toute manière, ça ne serait jamais finis. Alors autant se détendre tout de suite et faire les choses en conscience, et dans la joie.

 

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Alors qu’en mars dernier nous nous lancions tête baissée dans 10 projets à la fois , nous nous appliquons désormais à programmer, organiser, prévoir, discuter, évaluer avant de faire. Nous avançons plus sereinement, en partie parce que nous avons pris le temps de nous demander ce qui était vraiment important. Des réunions et cercles de paroles réguliers nous aident à canaliser notre énergie, à aller au bout des choses, à être plus productif et à gagner du temps.
Nous mettons l’accent sur la communication qui nous avait cruellement manquée l’année passée. Par des outils comme la communication non violente et la gouvernance partagée, on apprend à s’écouter, à partager nos sentiments, à exprimer nos besoins, et sincèrement, ça change beaucoup de choses. Un groupe de discussion et d’échanges sur la communication non violente a vu le jour cette année à Tende. Un espace un peu comme hors du temps où des rencontres improbables se font et des liens inattendus se créent. Je constate que cet outil est d’une puissance insoupçonnable et qu’il permet d’aller très rapidement en profondeur, même avec d’illustres inconnus.
Pour nous à la ferme, c’est une bouffée d’air frais et un espoir grandissant, la preuve jour après jours qu’il est possible de vivre ensemble et d’apprendre à s’accepter malgré les désaccords et les différentes manières d’agir et de penser.

La vie en communauté est un terrain de jeux et d’apprentissage merveilleux. Comme dans une relation de couple ou dans une famille, difficile de se voiler la face. On se confronte tous les jours à ce qui nous touche et nous fait réagir chez les autres. Ce choix étant conscient et voulu, il est porteur de grandes révélations et de mise en lumière de qui nous sommes vraiment. Les masques finissent bien par tomber, et quelle joie de se montrer aux autres tel que l’on est, avec toutes nos faiblesses et donc toute notre beauté.

Entre les membres du groupe, une certaine fluidité s’installe et la solidarité se renforce. Nous remettons sur la table le pourquoi du comment on est là, qu’est ce qui nous unit et quel est notre but commun. Quel équilibre trouver entre le collectif et l’individuel, éternelle question à laquelle nous tentons de répondre chaque jour et qui pour moi dépasse complètement ce projet. Equilibre entre le donner et le recevoir, apprendre à donner sans compter mais aussi apprendre à recevoir de l’aide et le soutien d’autrui. S’écouter et poser ses limites. Etre à l’écoute de l’autre et entendre les besoins cachés derrière la colère ou la frustration. Comprendre que quoi que l’on dise et quoi que l’on fasse, l’amour sera toujours là.
Dans l’invisible comme dans la matière, nous trouvons notre place au sein du groupe et sur le terrain. Les rôles se définissent plus clairement et l’espace est là pour approfondir ce qui nous porte. Erika s’est lancée dans l’apiculture avec trois ruches pour commencer. Un rêve qu’elle nourrissait depuis quelques temps. Géraldine réalise un documentaire sur les paysans de la vallée qui lui a été demandé pour le festival de la Brebis Brigasque de cette année. Un projet qui lui tient beaucoup à coeur et qui lui permet d’élargir ses compétences dans ce domaine qu’elle commence à bien maîtriser. Judith construit et répare tout ce qu’elle peut, tant qu’il s’agit de bois. Rodolphe prend en charge les rénovations en planifiant les chantiers, ce qui lui apporte la satisfaction d’accomplir un travail de longue haleine jusqu’au bout. Eliott bosse à fond sur son projet “21 paysans” qui l’éloigne physiquement de la ferme mais qui reste bien connecté au projet des Moustaches dans son ensemble. Andy s’éclate aussi dans l’atelier, et pour ma part, j’apprends toujours plus sur les plantes médicinales et la manière de les utiliser et les transformer. Judith a construit un séchoir qui me permet cette année de récolter plus et plus régulièrement. J’ai aussi la chance d’avoir des voisins passionnés par ça qui sont heureux de répondre à toutes mes questions en échange d’une coup de pouce par chez eux.

 

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Symboles d’une vie et d’une activité de plus en plus riche, nous avons accueillis chez nous de nouveaux habitants à poils et à plumes. Une petite bande de canards indiens nous a rejoint en juin alors qu’ils étaient encore tout bébés. Leur manière de se déplacer et de tout faire ensemble est un bon rappel pour qui aurait oublié le sens de la communauté. Il m’arrive parfois de rester un certain moment à les observer. Leur présence les rend captivants, et m’aide à retrouver la mienne. Les abeilles nous rappellent aussi à quel point l’union fait la force (et accessoirement du bon miel). Nos huit poules nous font toujours bien rire et se plaisent à traîner nonchalamment dans la cour intérieure de la ferme, bien qu’elles aient neuf hectares à leur disposition. Bientôt nous aurons quatre autres poules et un coq.

Comme l’année dernière, beaucoup de visites et de passages. A chaque fois, c’est un profond plaisir de voir à quel point les gens se sentent bien chez nous. De nouveaux regards, des idées, des points de vue multiples qui nous nourrissent et nous éclairent. Tous ceux qui passent ici tiennent absolument à apporter leur pierre à l’édifice, et nous les en remercions infiniment. C’est aussi en leur parlant que nous nous rendons compte du chemin parcouru et du courage qu’il nous a fallu pour entamer ce projet. Nous avons un peu tendance à voir ce qu’il reste à faire et ce qui nous manque, en oubliant d’être reconnaissant pour tout ce que nous avons déjà accompli et ce qui nous est offert. Alors sans plus attendre, merci merci merci!

 

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En ce moment, des centaines de papillons et d’insectes explorent la terre sans repos. C’est l’intensité de l’été, le soleil brulant et les fleurs ouvertes à ses rayons. L’élan vers de nouvelles rencontres, l’envie de partager. Le cycle des saisons se fait de plus en plus présent en moi. Je pense déjà à l’automne qui va vite arriver, avec ses belles teintes orangées et les fruits mûrs à récolter. L’avant dernière phase du cycle, le ralentissement, le retour progressif à soi. Les saisons ici sont bien marquée, et malgré les changements climatiques de ces dernières années, elles ont toutes un sacré caractère.

 

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Pour l’heure et depuis près de trois mois, nous sommes très souvent dans les champs à désherber. Impermanence oblige, les plantes repoussent vite et le travail est perpétuellement à refaire. La patience est de mise. Nous avons installé une clôture électrique au mois de juin qui nous tranquillise enfin. Le chat et les poules ont en fait les frais, pas de doutes, ça marche. Enfin on en sera vraiment sûrs quand les patates seront prêtes…

Nous avons organisé notre première fête de l’année ce mois-ci. Un joli moment qui a rassemblé pas mal de copains de la vallée ainsi que des visages encore inconnus. La communauté prends petit à petit un sens plus large, à l’échelle d’un village ou en l’occurence d’une vallée. Certaines personnes ici se connaissent depuis l’enfance et cela se sent. La confiance et l’honnêté se lit sur les visages. Pure simplicité. Amis, famille élargie, clan, fraternité. C’est bon de se savoir entouré de belles personnes qui sont prêtes à s’entraider.

Enfin, la douche est là. Et pas n’importe quelle douche, lumières d’ambiance, enceintes intégrées, Ro n’a pas fait les choses à moitié. Les douches bien que encore froides faute d’électricité suffisante ont une saveur inexprimable, après plus d’une année à se laver à droite à gauche, dans les fourrés, au tuyau d’arrosage ou à la rivière. Tout ça c’est très sympa, mais c’est bien aussi d’avoir le choix. La consécration ultime advint en ce jour béni ou nous avons rapporté une machine à laver à la ferme. Elle a marché une fois en tout et pour tout, mais nous nous souviendrons éternellement de ce moment magique.

Nous sommes en juillet, les fleurs de lavande se fanent et les canards changent peu à peu de plumage. Ils osent enfin sortir de leur enclos et découvrir le monde qui les entoure, rassurés par leurs compagnons qui ne s’éloignent jamais à plus de trois mètres les un des autres. Mon tipi est enfin en phase de montage, niveau timing on est pas mal, sachant que les pluies peuvent commencer tôt en septembre, il me reste un bon mois pour en profiter! Mais finalement être un peu nomade sur la ferme me plait bien. La fin du mois de juillet et le mois d’août seront dédiés à la rénovation d’un de nos bâtis et à la salle de transformation.

Alors, à suivre!

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FIN

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